Revues d'artistes
Dossier coordonné par Marie Boivent et Jérôme Dupeyrat
Février 2010
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SOMMAIRE
Marie BOIVENT. — Avant-propos. [Lire]
Didier MATHIEU. — Publications d’artistes, en séries, à géométrie et périodicité variables : un réseau de dispersion des idées et des œuvres. [Lire]
Pascal LE COQ. — Ce que j'écris n'était peut-être pas vrai hier et sera peut-être faux demain mais aujourd'hui j'y crois. [Lire]
Céline DUVAL / Jérôme DUPEYRAT. — Entretien. [Lire]
Jérôme DUPEYRAT. — Revues d’artistes. Pratiques d’exposition alternatives / Pratiques alternatives à l’exposition. [Lire]
Revues d'artistes, une sélection. — Vues de l'exposition. [Voir]
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Avant-propos [PDF]
par Marie BOIVENT
Ce dossier intitulé « Revues d’artistes » fait suite à l’exposition Revues d’artistes, une sélection, qui a réuni pour la première fois en France un grand nombre de ces publications (a)périodiques, conçues depuis le début des années 1960 par des artistes, et pour des artistes. Espace d’expérimentation, et même alternative space, comme on les a souvent qualifiées (en ce qu’elles semblaient, avec les livres et autres imprimés, proposer une alternative aux lieux institutionnels et marchands de présentation de l’art), ces revues sont aussi, la plupart du temps, la seule et unique manifestation de pratiques artistiques spécifiques, de projets n’ayant d’existence que dans le rythme de lecture qui se met en place au fil des pages, rythme qui se voit redoublé par la succession des livraisons.
L’exposition, qui se répartissait dans trois lieux, au Cabinet du Livre d’Artiste et à la Galerie LENDROIT à Rennes, ainsi qu’à la Galerie du couvent des Urbanistes à Fougères[1] – où se déployait un corpus organisé selon une approche plus historique – a essayé de donner un aperçu de l’étendue d’un phénomène, et même d’un genre, trop souvent méconnu. On ne saurait trop insister : les quelques soixante titres exposés (et présentés sous formes de notices individuelles dans le catalogue de l’exposition[2]) ne représentaient qu’une infime partie d’une production insaisissable, autant par son nombre – en constant renouvellement – que par ses limites, tant il est difficile de s’arrêter sur une définition stricte de la revue d’artiste.
L’exposition était justement l’occasion de réunir, le temps d’une journée, quelques unes des personnes susceptibles de s’intéresser à ce médium qui a comme particularité d’être aussi média : conservateurs, chercheurs, bibliothécaires, médiateurs de centres d’art, étudiants[3], mais aussi, bien sûr, artistes y étaient conviés, chacun étant à même d’apporter par une approche, un regard spécifique, des éléments de réflexion quant à ce qui constitue les enjeux de telles pratiques.
La journée d’étude, qui se déroulait au couvent des Urbanistes de Fougères, s’organisait ainsi en plusieurs temps : après une visite du volet de l’exposition présenté dans ce lieu[4], il importait de commencer par proposer quelques éléments d’une définition, aussi souple soit-elle, afin d’apporter un éclairage sur la réunion, sous une même bannière, de publications manifestement très différentes les unes des autres[5].
La parole était ensuite laissée à Didier Mathieu, directeur du Centre des Livres d’Artistes de Saint-Yrieix-La-Perche (Limousin), également à l’origine de nombreuses expositions, intérieures ou extérieures au CDLA, présentant, parmi d’autres formes de publications, de nombreuses revues d’artistes. Son intervention s’attachait principalement à retracer la manière dont s’est constituée la collection de revues de ce lieu incontournable dédié aux publications d’artistes : rappelant la dimension généralement collective des revues, Didier Mathieu a montré que son approche en tant que collectionneur et conservateur s’effectuait finalement sur le même mode que celle des artistes, autrement dit, suivant une « logique de réseau »[6]. Il s’agissait pour lui de remonter la piste, ou plutôt les pistes, des itinéraires flexueux et ramifiés suivis par quelques artistes. Comme nous le montre le texte de Didier Mathieu issu de sa communication, l’artiste hollandais herman de vries est l’un de ceux dont le parcours s’avère le plus fructueux, tant sa contribution pour la revue – en tant qu’éditeur aussi bien que collaborateur – a été prolifique. Dans ce milieu d’édition underground l’entre-aide est à l’honneur : ainsi, on ne s’étonnera pas de trouver dans chaque revue la mention d’initiatives parallèles menées par d’autres artistes, défendant une même conception de l’art, échanges de bons procédés qui se substituent à toute publicité à visée lucrative, et fournissent autant de nouveaux projets à découvrir, qui à coup sûr, croiseront des chemins déjà empruntés, des artistes déjà rencontrés.
Les deux artistes venus nous présenter leurs revues, pas de règles sans exceptions, ont choisi d’aborder ce médium en solitaire. Ou plutôt, pour le cas de Céline Duval, de mettre en place une démarche personnelle prenant corps au travers de collaborations ponctuelles : chaque numéro de sa Revue en 4 images est sa réponse à une proposition verbale formulée par un collaborateur, à chaque fois différent. Ces « livres diffus », tels qu’elle les nomme, participent d’une démarche plus générale d’archivage, l’ayant conduit à constituer un fonds iconographique, la documentation céline duval. L’artiste y puise pour donner lieu à différentes propositions en images, dont la revue n’est qu’une des formes possibles. La « conférence en images » que l’artiste nous a présenté en témoigne, de même que l’échange qui s’est mis en place suite à sa projection. Sur tout cela, Céline Duval revient dans un entretien publié dans ce dossier.
La démarche de Pascal Le Coq prend au contraire sa source dans son projet de revue encyclopédique OXO[7] : la publication apparaît comme un foyer d’où rayonnent de nombreuses propositions, capables de s’incarner sous formes de réalisations tridimensionnelles aussi bien que de se multiplier sur les pages numériques d’un blog, avant de réintégrer leur espace premier, à la fois tangible et virtuel. OXO apparaît dès lors comme un organisme vivant, aux capacités génératives et transformationnelles infinies. Dans ce projet éditorial, l’artiste s’applique à exploiter au maximum le rapport au temps spécifique qui définit la relation du lecteur au périodique : il va même jusqu’à fournir tous les outils susceptibles d’aider ce dernier à naviguer dans l’archipel d’idées et d’images qui composent OXO (lesquelles proposent des regards à la fois décalés et lucides sur l’art, la publicité, l’écriture, etc.). Les quelque centaines d’entrées de ses « Notes pour un dictionnaire de l’Économie d’OXO et pour un dictionnaire des Reliefs OXO »[8] suscitent ainsi les allers et retours entre les livraisons, tissant des liens entre des propositions parfois séparées par plusieurs années de parution, rappelant que le parcours linéaire n’est pas le seul possible, et même, sans doute pas le plus adapté, pour aborder la revue. Se retrouvent alors, bien que sur un autre niveau, les problématiques de réseaux et autres « liens hypertextes » à l’œuvre dans la plupart des revues présentées dans l’exposition, les collections du CDLA ou les archives de la documentation céline duval.
Pour faire suite à cette présentation par les artistes de leur travail et de la relation qu’ils entretiennent au médium « revue », était proposé un temps d’échange sous formes de tables rondes avec tous les participants de la journée. Les discussions déjà amorcées avec les artistes se sont ainsi prolongées, tandis qu’une réflexion portant sur la problématique de la revue et de l’exposition[9] était proposée par Jérôme Dupeyrat. Il tente de rapporter ici les principaux questionnements qui ont été soulevés et discutés, en les articulant et en les complétant à la lumière des recherches qu’il mène dans le cadre de son doctorat[10]. La journée prenait ainsi fin sur des considérations d’ordre plus général, mais néanmoins essentielles, reposant la question de la place de la revue vis-à-vis du monde de l’art et de ses codes habituels de présentation.
[1] Association Arcade
[2] Marie Boivent (dir.), Revues d’artistes, une sélection, Fougères, Association Arcade ; Paris, éditions Provisoires ; Rennes, LENDROIT galerie, 2008. Lire l’introduction.
[3] La journée était co-organisée par le Pôle Ressource Arts Plastiques de Bretagne et le séminaire de recherche interuniversitaire « Papier en action » (équipe d’accueil « Arts : Pratiques et poétiques » de l’université Rennes 2 et Centre de Philosophie de l’art de l’université Paris I).
[4] Une part importante de l’exposition présentée dans cet espace appartenait aux fonds de la bibliothèque Kandinsky (centre de documentation et de recherche du Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou) et au Fonds Régional d’Art Contemporain Bretagne.
[5] On pourra se reporter à ce sujet à mon introduction au catalogue, qui peut être intégralement téléchargée sur le site des Éditions Provisoires.
[6] Cette problématique du réseau est essentielle pour les publications d’artistes. On pourra notamment se reporter concernant cette question aux différents articles du numéro de la Nouvelle Revue d’Esthétique (n° 2, automne 2008) réalisé sous la direction d’Anne-Mœglin-Delcroix et de Leszek Brogowski et qui a pour titre « Livres d’artistes. L’esprit de réseau ».
[7] Projet éditorial qu’il mène seul, à moins que l’on ne considère qu’OXO soit le résultat d’un travail collaboratif à l’échelle mondiale, dès lors que l’on sait que l’artiste glane bon nombre de ses idées sur la toile, notamment en se servant largement du moteur de recherche Google. Précisons encore que Pascal Le Coq est parfois assisté par Kitschcock, qui n’est autre que son « alter ego »…
[8] Pascal Le Coq, « Notes pour un dictionnaire de l’économie d’OXO et pour un dictionnaire des Reliefs OXO », OXO, n° 192, avril 2007, 32 p.
[9] Non pas l’exposition des revues mais la revue comme pratique potentiellement liée à celle de l’exposition.
[10] Doctorant en esthétique à l’Université Rennes 2, thèse sous la direction de Leszek Brogowski et d’Anne Mœglin-Delcroix : « Exposer/publier. Places et rôles des éditions d’artistes dans les stratégies d’exposition contemporaines ».
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Ci-dessous : Revues d'artistes, une sélection, vues de l'exposition à la Galerie du couvent des Urbanistes à Fougères, ainsi qu'au Cabinet du Livre d’Artiste (Pascal Le Coq) et à la Galerie LENDROIT à Rennes.















