2.0.1 №5 L'Économie de l'œuvre
Janvier 2011
Pour son cinquième numéro, la revue 2.0.1, en partenariat avec la revue The Wild Bunch, sera consacrée à « L’Économie de l’œuvre ».
Parallèlement au sens administratif, politique et marchand auquel l’usage contemporain l’associe le plus souvent, le terme « économie » renvoie également à l’arrangement réciproque et concourant des parties d'un ensemble, soit matériel, soit intellectuel. En ce sens, l’économie de l’œuvre c’est donc aussi son organisation interne, son fonctionnement propre.
Cette fonction « organisatrice » de l’œuvre et de sa structure, qu’il s’agisse de travaux sculpturaux, picturaux, éditoriaux, graphiques ou cinématographiques, diffère d’une œuvre, d’une époque ou d’un médium à l’autre. Aussi, sa mise à jour est à la base d’une part importante de l’histoire des arts, permettant par ailleurs de créer des ponts tant au niveau des disciplines (méthodologies communes) que des pratiques (passage des arts plastiques et visuels au cinéma et inversement, par exemple).
De plus, face à la multiplicité des pratiques contemporaines en général et des diverses manifestations de la démarche d’un artiste en particulier, cette question peut se muer en une recherche de paradigme(s) commun(s), une méta-économie pourrait-on dire, dont le but consisterait soit en un rassemblement notionnel des pratiques, soit en une déconstruction critique. Ainsi, la question de l’économie de l’œuvre ne pourrait-elle pas aussi devenir une interrogation des changements de paradigmes historiques (ou micro historiques) de l’histoire des arts ?
Mais il est aujourd’hui évident que l’œuvre d’art ne peut être analysée uniquement de façon autonome, sans tenir compte du contexte institutionnel, historique et social dans lequel elle est créée, et indépendamment des dispositifs de médiation et de médiatisation qui assurent son existence. S’intéresser à l’économie de l’œuvre mène alors à considérer cette dernière en rapport avec tout ce qui paramètre, définit ou intervient dans sa production et son existence, et qui constitue précisément ce « tout » dont l’œuvre d’art à proprement parler serait alors la partie visible.
Ici, la question de l’économie ne se réduit donc pas à la prise en compte de considérations financières. Si l’économie marchande de l’art et de la culture a une place dans ces interrogations, c’est en tant qu’elle concerne son économie au sens large et qu’elle est donc susceptible d’en déterminer les conditions de production, de diffusion et de réception.
Plus précisément, c’est une forme d’énonciation administrative de cette production/diffusion/réception de l’œuvre d’art que ce numéro cherchera à définir, ou du moins à mettre en évidence, en s’attachant à l’ensemble des échanges entre les différents espaces, réels ou immatériels, littéraux ou métaphoriques, pratiques ou théoriques, qui paramètrent l’existence de l’art.
Pour ce cinquième numéro de 2.0.1, l’économie de l’œuvre sera donc appréhendée dans un double mouvement, à travers deux axes principaux qu’il conviendrait de confronter, en prenant en compte des approches historiques, théoriques ou épistémologiques, et en s’inscrivant dans les divers domaines de la recherche sur l’art : l’histoire des arts (des arts plastiques et du cinéma en particulier), l’historiographie, l’esthétique, la critique, mais aussi l’histoire des expositions, la philosophie, l’histoire des médias, etc. :
1) Le fonctionnement propre de l’œuvre d’art :
• En quoi peut-on parler d’économie picturale, narrative, cinématographique, etc. ?
• Dans quelle mesure un dispositif artistique peut-il déterminer l’économie de l’œuvre ?
• Comment l'artiste pense-t-il l'économie de son œuvre dans une approche théorique et comment la met-il en place ?
• Dans quelle mesure l’économie de l’œuvre entendue en ce sens permet-elle d’interpréter et de comprendre une œuvre d’art ?
• Comment les écrits théoriques d'artistes, mais aussi de critiques, peuvent-ils se placer en contradiction avec les œuvres effectives ? Sur quels critères (et quelles en sont les contradictions méthodologiques) l’artiste, le critique, l’historien ou le théoricien pensent-ils le fonctionnement « interne » d’une œuvre d'art ?
• Dans quelle mesure des artistes peuvent-ils glisser progressivement dans leur création d'une économie à une autre ? Dans quels nouveaux cadres leurs œuvres fonctionnent-elles alors?
2) Le fonctionnement de l’œuvre dans son contexte, de sa production à sa réception :
• Comment l’œuvre d’art (plastique, cinématographique ou autre) s'intègre-t-elle dans la sphère publique : sphère de visibilité, de diffusion et de circulation, sphère d’échanges ?
• Comment analyser le process d’une œuvre au regard de la notion d’économie ?
• Dans quelle mesure les dispositifs et contextes de visibilité de l'œuvre (l'exposition, la projection, la reproduction) paramètrent-ils la réception de cette dernière ?
• Dans quelle mesure la para-œuvre participe t-elle à l’œuvre et à sa diffusion ? Quels sont ses effets sur l’œuvre à proprement dite ?
• Quelle est la place de l’art dans l’économie marchande de l’œuvre, déterminant les conditions financières et matérielles de sa production et de sa diffusion ?
